Les théories sur l’autisme

Les premières tentatives visant à déterminer les déficits primaires de l’autisme datent d’il y a 40 ans. Il est important de distinguer ces déficits primaires car ils peuvent non seulement indiquer la cause neurobiologique du syndrome mais aussi avoir des implications sur le diagnostic et le traitement. En effet, une véritable amélioration des troubles n’est envisageable que lorsqu’on a agi sur les déficits primaires.

La première théorie a été développée vers le milieu des années 80. Il s’agit de l’hypothèse d’un déficit dans la théorie de l’esprit (‘theory of mind’).

Hypothèse de la théorie de l’esprit

Cette théorie part de l‘idée selon laquelle les états mentaux d’une personne (ce qu’elle pense) ne sont pas directement observables mais doivent être déduits. Cette déduction nécessite un mécanisme cognitif. La capacité à imputer les états mentaux – tels que les intentions, les souhaits, les conceptions, les connaissances, etc. – à sa propre personne et à autrui est appelée théorie de l’esprit. On part du principe que cette capacité est perturbée chez les personnes qui ont de l’autisme.

Le test de Sally et Anne

Dans le test ‘Sally et Anne’, on montre deux poupées, ainsi qu’un panier et une boîte. Sally place une balle dans le panier – alors qu’Anne la regarde – et sort pour aller se promener. Entre-temps, Anne prend la balle et la place dans la boîte. On demande à l’enfant où Sally ira chercher la balle à son retour. Les enfants qui ont une théorie de l’esprit affirment que Sally n’ira pas regarder dans la boîte. Sally ne peut effectivement pas savoir que la balle a été déplacée. Les enfants qui n’ont pas encore de théorie de l’esprit disent que la balle se trouve dans la boîte. C’est l’image qu’ils en ont. Quatre-vingt pour cent des enfants avec autisme échouent à ce test.

Le développement perturbé de cette capacité donnerait une explication aux problèmes que manifestent les enfants avec autisme en matière de prise de perspective (se mettre à la place de l’autre), de pragmatisme (savoir que dire, comment le dire et quand le dire), d’empathie et d’autres aspects du développement social et du fonctionnement social.


Malgré le fait que cette théorie nous ait permis de mieux comprendre le phénomène, il convient de la nuancer quelque peu. Les opposants à cette théorie sont de plus en plus nombreux à émettre des réserves.

Il y a quatre constatations qui contredisent cette approche :

  • le déficit de théorie de l’esprit ne peut pas expliquer les problèmes socio-pragmatiques (notamment, les difficultés d’attention conjointe et d’imitation qui sont les précurseurs de la théorie de l’esprit) que rapportent les parents de ces enfants avant l’âge de 3 ans et/ou les parents d’enfants présentant un niveau de développement inférieur à celui auquel se manifeste normalement la compréhension socio-cognitive ;
  • certaines personnes qui ont de l’autisme réussissent des tâches liées à la théorie de l’esprit, tout en manifestant de sérieux problèmes socio-communicatifs ;
  • de plus, cette théorie est non spécifique à l’autisme puisque des personnes présentant un autre handicap, comme la surdité, la déficience intellectuelle ou la schizophrénie ont également ces difficultés ;
  • enfin, la théorie n’explique pas vraiment la rigidité et les conduites stéréotypées qui sont des symptômes de l’autisme.

Les fonctions exécutives

Les fonctions exécutives ou les fonctions de contrôle sont des mécanismes cruciaux pour la planification des actions et la résolution adéquate d’un problème. Elles comprennent notamment la capacité à planifier étape par étape, le contrôle des impulsions, l’inhibition des réponses erronées, l’adaptation de stratégies, la faculté de pouvoir chercher des solutions de manière organisée et le contrôle de soi. Des déficits dans ces capacités ont été décelés tant chez les adultes que chez les enfants avec autisme. Cette théorie des déficits des fonctions exécutives a également ses limites :

  • les troubles des fonctions exécutives sont aussi signalés dans de nombreux groupes cliniques, et tout particulièrement dans les troubles déficitaires de l’attention avec hyperactivité (TDAH) ; 
  • d’autre part, les problèmes relatifs aux fonctions exécutives peuvent varier d’une personne à l’autre ; 
  • il y a probablement des personnes avec autisme qui ne présentent aucun problème manifeste à ce sujet, tout au moins en situations de test.

Le manque de cohérence centrale

Les individus ayant un développement ordinaire ont tendance à interpréter les stimuli de manière globale, en tenant compte du contexte. En revanche, les personnes avec autisme ont davantage tendance à voir le monde de façon fragmentée. Elles établissent moins vite une cohérence dans ce qu’elles observent. En raison du manque de cohérence centrale, elles perçoivent le monde comme un chaos. Ces personnes cherchent la sécurité dans des actes répétitifs et sont en quête de routines et de structures. Elles s’en tiennent à ce qu’elles connaissent et sont réticentes aux changements. Elles ont également des difficultés à transposer dans une nouvelle situation ce qu’elles ont appris dans une autre situation.

Cette théorie est intéressante dans la mesure où elle ne met pas seulement l’accent sur les difficultés des personnes avec autisme mais aussi sur leurs capacités égales voire supérieures parfois, aux personnes ordinaires. On peut, par exemple, expliquer les bons résultats d’enfants avec autisme à certains tests dans les échelles d’intelligence.

A retenir

Différentes théories nous ont permis de mieux comprendre le processus de pensée des personnes ayant de l’autisme.

À l’heure actuelle, aucune théorie n’est universelle et spécifique et ne parvient à expliquer tous les symptômes du syndrome.

Il semble plutôt que nous ayons affaire à un ensemble de déficits cognitifs.

La cécité contextuelle

Pour la plupart d'entre nous, l'observation est un processus au cours duquel nous construisons activement une signification. Le contexte joue un rôle majeur dans ce processus : nous donnons une signification aux détails sur base de leur cohérence mutuelle et du contexte dans lequel ils s’inscrivent.

Le monde, avec ses différentes significations en constante évolution, est très confus pour les personnes avec autisme. Elles ont du mal à donner du sens en tenant compte du contexte. C’est pourquoi, bien souvent, elles comprennent les choses différemment ou de manière erronée.


Comprendre le comportement à partir du contexte observable

Il existe deux types de contexte : le contexte observable et le contexte non observable. Le contexte observable est la situation donnée, tout ce qui est visible, audible ou palpable et qui influence la signification d’une obser vation spécifique. La main levée d’un homme en uniforme portant un képi à un carrefour n’a pas la même signification qu’une main levée d’un élève dans une classe.

Le contexte non observable est tout ce que l’on doit imaginer dans une situation spécifique.

Les personnes avec autisme éprouvent des difficultés à comprendre ces deux types de contexte, mais surtout le contexte non observable en raison de leur imagination défaillante.

La cécité contextuelle et les difficultés dans les rapports avec autrui

Dans l’autisme, ce sont les déficits sociaux qui se remarquent le plus parce que donner une signification aux comportements humains nécessite une prise en compte importante du contexte. Ainsi, une larme exprime parfois la tristesse, parfois la douleur, parfois la joie et même parfois le fait que l’on prépare de la soupe à l’oignon.

Pour comprendre le comportement des autres, les personnes doivent aller au-delà des détails concrets et visibles. Pour un cerveau qui comprend de manière littérale, une larme n’est rien de plus qu’une goutte d’eau.

Ce qui complique encore la compréhension du comportement humain, c’est qu’il ne faut pas uniquement tenir compte du contexte explicite et observable (comme les pelures d’oignon, un sourire, ce que nous entendons dire par la personne), mais aussi du contexte implicite et pas concrètement observable :

’intérieur de l’individu (ses sentiments, ses idées, ses attentes). Tenir compte de ce contexte implicite nécessite de l’imagination, la capacité de voir des éléments invisibles, d’entendre des choses inaudibles. Cette imagination fait en grande partie défaut aux personnes avec autisme et c’est pour cette raison qu’il est si difficile pour elles, par exemple, de voir le chagrin ou la joie ‘derrière’ les larmes.

La cécité contextuelle et les difficultés de la communication

Le contexte joue également un rôle important dans la communication humaine. La signification de ce que disent les individus dépend du contexte. Il pleut des cordes pour la onzième journée d’affilée et quelqu’un dit “quel beau temps aujourd’hui !”. Dans ce contexte, cela ne veut pas dire la même chose que quand il fait beau depuis plusieurs jours. Pour les enfants présentant de l’autisme, prononcer cette phrase en cas de mauvais temps est complètement absurde et incompréhensible. Ceux qui éprouvent des difficultés à tenir compte du contexte comprennent la langue de façon très littérale.

En matière de communication, les enfants avec autisme ont non seulement des problèmes avec ce qui est dit, mais surtout, avec ce qui n’est pas dit.

Lisez par exemple les deux phrases suivantes : Leen a ouvert la porte et a vu que Jumper n’était plus dans sa cage. Elle s’est mise à courir en pleurant chez sa maman qui lui a dit qu’il n’avait pas pu voler bien loin et qu’il allait revenir.

Bien que ça ne soit pas mentionné explicitement, vous ‘savez’ que Leen est un enfant (et pas un adulte), une petite fille (et pas un garçon), que Jumper est un oiseau (et pas un chat), que Leen est triste (et non joyeuse) et que revenir signifie revenir dans sa cage (et pas revenir en Australie). Vous connaissez ces éléments parce que vous avez ajouté des informations à ce qui était écrit au sens littéral. Votre imagination vous a permis de construire un contexte, un tout cohérent qui n’était pas donné, autour de ces deux phrases.

La cécité contextuelle et le manque de flexibilité

La cécité contextuelle est également responsable du manque de flexibilité dans le comportement des personnes avec autisme. Elles s’attachent à certaines habitudes ou à certains comportements, même si ce n’est pas adapté ou nécessaire dans un contexte donné.
Les problèmes de généralisation (l’application de ce que l’on a appris dans plusieurs situations différentes) sont une autre conséquence de la ‘cécité contextuelle’.

A retenir

Le contexte donne la signification à ce que nous percevons.

La cécité contextuelle n’est rien d’autre qu’une forme de cécité mentale (ne pas voir se qui se passe dans l’esprit d’autrui).

Sans ce contexte — l’univers social et les intentions qui se cachent derrière les mots –, la communication est souvent incompréhensible, confuse et même parfois angoissante.

En raison de sa cécité contextuelle, votre enfant ne comprend pas les choses, les personnes et les situations comme les autres enfants. L’éducation d’un enfant avec autisme nécessite plus d’explications et de clarifications des significations correctes que l’éducation d’un enfant sans difficulté.

Source: Participate Autisme

Dernière modification le lundi, 28 mars 2016 13:22
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Collectif Autisme Maroc

Le Collectif Autisme Maroc est un réseau d'envergure nationale. Il regroupe 24 associations membres composées essentiellement de parents de personnes atteintes d'autisme.

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